Jusqu’à présent je vous ai présenté des humains mais assez peu d’herbes. Le confinement est une bonne opportunité pour se rapprocher des innocentes plantes, voici quelques rencontres de jardinage solitaire.

Dans le jardin d’en face :

De l’autre coté de la rue de chez le gentil monsieur Janjic ou Jeannot qui me loge se trouve un jardin, en deux étages, derrière une maison, au pied de la citadelle. Les habitants de la maison sont morts et Janjic me demande de l’entretenir, pour aider ceux qui continuent de s’en occuper.

Jardin

Aujourd’hui, il est temps de remettre le jardin en culture. Je retourne donc une petite surface sur laquelle a eu le temps de pousser tout un peuple vert depuis l’année dernière. Beaucoup de plantes ressemblent fortement à des espèces bretonnes… Parmi elles, des végétaux qui ressemblent à nos Fumeterre, Euphorbe, Géranium, Stellaire ou «faux mouron», Pissenlit, Pariétaires, Lamier, Paturin, Héliotropes, Clématite, petites Luzernes. Une plante se démarque dans le haut du jardin plus sec, elle est grande de 70 centimètres au moins et toute tomenteuse, duveteuse. Mais elle sent le bitume à la manière de plante de la famille de pois Bituminaria bituminosa qui pousse du coté de Montpellier.

Comme les photos de mon téléphone ne me plaisent guère, j’ai choisi de vous en présenter cette fois ci, quelques plantes par écrit en description botanique et croquis. Celles que vous pourrez voir seront donc un peu moins fidèles à leur vraie anatomie que des photos et planches d’herbier mais plus personnelles et peut être poétiques… Je n’espère pas trop aride ! Qu’en dite vous ?

Une belle Lamiacée tachetée pourprée.

Ici, elle est abondante au bord des chemins et dans les jardins.

C’est une verte herbacée, dépourvue de partie brune et dure comme du bois. L’herbe se dresse généralement de ses 20 à 40 cm de hauteur.

Ces tiges restent simples, elles ne se divisent pas, ne se ramifient pas. Si on coupe une tige, sa section est carrée. En la roulant entre les doigts, on peut même sentir ses angles qui saccadent à la giration. Cet axe carré est absolument dépourvu de poils, de couleur vert tendre, il porte dans son haut les fleurs bien fièrement.

Les feuilles sont à peu près en forme de triangle, leurs bases proches de la tige sont en forme de cœur et leurs sommets sont pointus, aigus. Le bord des feuilles est découpé de doux lobes qui ont des sommets confus ornementés de tous petits globes rouges brillants d’environ 0,3 mm. Ils sont très jolis ces petits globes, avec comme des nuages de jaune figés dans la masse du verre rouge, comme une sorte de boule de cristal… mais il faut vraiment les voir ! Ces doux lobes sont aussi ciliés de petits poils translucides.

Le coté des feuilles qui se dore au soleil est finement poilue, pubescent et mis en relief par tout un réseau de nervures qui lui donne un aspect gaufré.

Pour la couleur, les feuilles sont capricieuses… elles se parent généralement de vert foncé mais peuvent être toutes palotes en certains lieux. Le plus souvent, elles se parent coquettement d’une tâche en forme de cravate, plus claire le long de la nervure principale.

Le long de la tige, elles sont bien rangées. Elles se placent de manière opposée et décussée, c’est à dire qu’elles se font face, chacunes de part et d’autre de la tige carrée, comme un couple de feuilles. Les couples de feuilles situées plus haut et plus bas choisissent aimablement la position décussée sur les deux autres côtés de la tige, par rotation de 90 ° son axe… et ainsi de suite.

Les feuilles situées à la base du plant sont portées par un pétiole qui est une petite tige assez longue en bas puis plus courte vers le haut, vers les fleurs.

Les fleurs grandes de 2 cm sont comparables à des visages dont la symétrie passe par le milieu, le nez et le menton. Nos fleurs n’ont pas de nez, elles sont plutôt dressées comme des cobras, la gueule ouverte par deux «lèvres», l’ensemble coloré forme la corolle. La lèvre située en haut est en forme de «casque» coiffée d’un pli saillant qui part de la nuque du cobra pour se diviser en deux au sommet du «casque» et s’évanouir doucement sur son bord du devant. Ce bord est grossièrement et inégalement denté de dents plates et émoussées, un peu comme nos incisives.

Entre la lèvre du haut celle du bas, deux petits «éperons» sont portés de chaque côté de la gorge par un bel angle droit.

La lèvre du bas a, comme au niveau du menton, deux lobes ronds qui peuvent être étalés côte à côte ou repliés dos à dos.

Entre les deux lobes apparaît une petite dent aiguë.

Contrairement au reste de la fleur, la lèvre du bas, le labelle, n’a pas de poils et est délicieusement nacrée et veinée, tachée de pourpre sur fond rose bonbon presque blanc..

Ces lèvres colorées se réunissent en une gorge droite, qui s’enfonce comme le « cou du cobras » dans une collerette verte.

A droite du texte : La corolle en tête de cobras

Collerette dentée

Cette collerette verte, le calice, porte et entoure par derrière la «tête de cobra» rose. A la chute des parties colorées, le calice révèle une gorge qui aspire le regard vers quatre petites perles brillantes, le tétrakène, qui dessine une croix et contient les graines. La gorge verte est bordée de dents aussi longues qu’elle est profonde. Toutes les cinq dents sont en forme de triangle. Elles sont très très allongées et ciliées sur leurs bords. La dent située du côté de la tige est plus grande et dressée que les autres.

Ces fleurs impressionnantes sont regroupées par quinzaines en étage au niveau d’un couple de feuilles. Ces étages de fleurs sont assez espacés au départ au milieu de la tige, puis resserrés au sommet.

Avant de parler des bébés akène, des «graines», observons les protagonistes de leurs conceptions.

Les mâles qui portent le pollen sont quatre étamines constituées de petites tiges frêles et très blanches, fixées à la gorge colorée de la corolle. Ces tiges, les filets, sont bien parallèles de leur origine à leur sommet qui porte des petits sacs.

Ces sacs, les anthères, sont fixés par leur centre au filet et ont la forme de têtes longues, cylindres ovales pourpres et coiffés d’un toupet ébouriffé de cheveux blancs. Ces anthères se fendent dans leurs longueurs pour exhiber leur pollen d’un orange vif.

Au milieu de ces prétendants, madame pistil se confond car sa «tige», le style, qui porte son «vagin», le stigmate est assez semblable au filet des étamines, quoiqu’un peu plus épais. Au moment opportun, cette tige se fend par le sommet en deux lobes linéaires, les stigmates.

Ainsi, la fleur est satisfaite si son stigmate capte le pollen d’une autre «tête de cobra»; Dans ce cas, elle peut se faner.

Maintenant voici trois autres portraits d’herbes dont les descriptions sont plus courtes et «conventionnelles».

Une lamiacée plus modeste :

Herbacée de 20 – 30 cm à tige carrée. Feuilles opposées décussées triangles cordiformes dentées – ciliées, longuement pétiolées vert tendre à la base puis progressivement plus courtement pétiolées et pourpre au sommet. Limbe réticulé couvert de poils obliques de env. 1 mm. Inflorescence en verticille de 2 à 12 fleurs presque sessiles.

Corolle rose plus claire que l’espèce précédente, zygomorphe bilabiée prolongée par un tube. Lèvre supérieur rose plus foncée que la gorge largement ouverte laissant les étamines saillir. Lèvre inférieure bilobée, chaque lobe est ponctué en son centre d’un macule rond et pourpre.

Étamines 4 à filets parallèles dès la base. Anthères insérées par leur centre, pourpres, pollen orange, fentes de déhiscences longitudinales, surmontées d’une touffe de poils blancs purs et flexueux.

Pistil, 1, entre les étamines à stigmate fendu en deux lames.

Calice gamosépale à 5 dents ciliées de même longueur que le tube de 3 mm, vert-jaunâtre strié de pourpre sur les nervures principales.

Akènes tronqués à l’apex.

Une Borraginacée peu colorée :

Plante herbacée ligneuse à la base, presque hispide couverte de poils obliques à appliqués.

Tige de 20 à 40 cm légèrement anguleuse, parcourue de lignes qui frôlent les nœuds.

Feuilles du bas spatulées à limbe décurrent sur le pétiole jusque la tige qui la porte, celles du hauts presque sessiles à limbe embrassant la tige du bout des lobes.

Limbe bordé de poils courts rétrorses, vert foncé densément couvert de poils obliques qui donnent un aspect gris brillant au dessus, moins densément couvert de poils au dessous avec une couleur plus claire et ponctuée de points plus foncés que la face supérieure. Nervure principale saillante en dessous et en creux au dessus.

Les feuilles deviennent oblongues et se resserrent dans le haut, au niveau des fleurs qu’elles entourent comme une couronne.

Inflorescence en cyme compacte pauciflore dans le creux des feuilles.

Corolle gamopétale sans écaille à 5 lobes obtus blancs nacrés arrondis plus courts que le tube étroit et jaune couvert de poils à l’extérieur.

Colonne du pistil de 1 mm de long, deux stigmates globuleux.

Étamines incluses à anthères blanches insérées au milieu du tube de la corolle.

Calice dialysépale à 5 dents oblongues linéaires soudées juste à la base, poils marginaux qui dépassent leurs sommets.

Graines non matures à la date d’observation.

Euphorbe

Herbacée de 10 à 30 cm de hauteur.

Tiges fertiles, cylindriques d’abord couchées, puis dressées, pauvrement feuillées. Cicatrices foliaires en reliefs surlignées d’un liseret rouge sang. La tige est glabre à la base et plus poilue à mesure qu’elle se rajeunie vers l’inflorescence. Ces poils sont éparses, fins et longs d’un millimètre environ.

Feuille vert tendre, obovale-spatulée, légèrement décurrente et dentelée dans le haut et cunéiforme.

Inflorescence en ombeliforme, 5 rayons jaunâtres trichotomes puis dichotomes.

Les feuilles bractéales sont toutes sessiles et de même couleur et texture que les feuilles. Le premier involucre est composé de 5 bractées anti rayon de forme rhomboïdale. Les involucelles, second étage de bractées, sont composées de 3 bractées dont les deux externes asymétriques. Le plus simple est de vous faire un dessin :

Cyathe en coupe, d’étamines à filet articulé. Anthère introrse, basifixe, dithèque qui surmonte 4 glandes nectarifères épaisses, entières obovales. Capsule, tri loculé porté par un pédoncule originaire du centre des 4 glandes nectarifères qui est déjeté en dehors, surface glabre, nacré et strié d’un sillon au sommet de chaque loge. 5 Stigmates, courts et filiformes.

Cyathe avec une bractée sur le coté

Graines rougeâtres ternes et réticulées alvéolées en cratère.

Des photos d’autres plantes

Des dessins d’autres plantes

Bonne journée